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31 octobre 2009

Allocution de Robert Djellal

Conseiller auprès du ministre en charge de l'intégration et du développement solidaire



INTEGRATION ET CITOYENNETE


L'intégration n'en est plus à l'âge des grands principes et des grandes déclarations.

Le président de la République l'a affirmé très fortement lors de son discours à l'Ecole Polytechnique, le 17 décembre 2008: Nous devons cesser de vivre dans une République formelle pour entrer dans une République réelle. Une République qui tienne les promesses de ses fondateurs et fasse de l'égalité des chances autre chose qu'un sujet de discours.

Cette décision de prendre la question à bras-le-corps quitte à bousculer parfois la lettre de certains principes pour mieux en respecter l'esprit, le Gouvernement n'est pas le seul à l'avoir prise.
Ce mouvement anime la société tout entière : vous en êtes ce matin un magnifique témoignage, puisque les représentants de l'Etat, des élus de la République, du monde religieux, des entreprises et du milieu associatif se sont réunis à l'initiative de mon ami le Président de la Fédération Mosaïc pour contribuer au Mieux vivre ensemble dans notre République.

Au fond, c'est parfaitement logique : à réalité nouvelle, réponse nouvelle.

Je me trouve moi-même au sein d'un ministère nouveau mis en place pour répondre à des questions qui se posent avec une plus grande acuité qu'avant. Et qui se poseront probablement de plus en plus.

Le grand débat sur l'identité nationale lancé par Eric Besson a pour objet de repenser notre modèle : qu'est-ce qu'être Français aujourd'hui ? C'est porter la fierté d'être Français quelles que soient nos convictions religieuses et nos origines. On a trop souvent abandonné ces symboles captés par le Front National. Aujourd'hui, il s'agit de se réapproprier ces symboles de la République.

Pour moi, l'immigration fait partie de la vie d'une Nation dynamique. Simplement, l'immigration, c'est comme la vie, cela s'organise. La diversité, qui est une suite naturelle de l'immigration, cela s'organise aussi, de manière à ce qu'elle devienne un facteur de richesse, de cohésion et non de frictions et d'éclatement. Le défi, c'est de faire en sorte que les 6 millions de Français de sensibilité musulmane puissent compter parmi les forces vives de la Nation. C'est le défi que nous relevons pour la Nation tout entière.

Aussi, je tiens au nom de mon ministre à saluer très chaleureusement cette initiative que nous devons à quelques personnes que les réalités de notre société ont convaincu de la nécessité de faire enfin fructifier l'énorme potentiel inexploité que représentent les personnes de sensibilité musulmane dans notre pays: Le docteur Marouane Bouloudhnine, Président de la Fédération Mosaïc, qui a prouvé une fois encore son énergie d'innovateur, ainsi que vous tous participants. Je salue également le maire de Nice qui nous reçoit.

Ce matin, je voudrais vous dire en quelques mots quel est l'esprit et quelles sont les grandes lignes de la politique menée par le gouvernement dans le domaine qui nous réunit.
D'abord, un mot sur les principes qui nous guident.
L'égalité des chances, c'est une exigence fondatrice de notre République, basée sur la liberté et sur l'égalité des droits et des devoirs. Chacun doit pouvoir faire valoir ses talents et ses mérites, quelle que soit son origine sociale. L'égalité des chances, c'est l'équité, autrement dit le contraire de l'égalitarisme abstrait : cela consiste à traiter de manière inégale des situations inégales, en donnant plus à ceux qui ont moins au départ.

L'égalité des chances, ce n'est pas le communautarisme, car le communautarisme, c'est la tentation de se replier sur la communauté de ceux qui nous ressemblent. Ce qui met la couleur et les questions d'origine au centre du débat public sur des thématiques malsaines, c'est précisément le fait d'avoir trop négligé, voire nié, le réel au nom de principes abstraits.

Nous devons donc commencer par mieux connaître la réalité française. La France a toujours connu le défi du métissage qui est plus que jamais d'actualité. Elle doit donc pouvoir mesurer ses progrès en matière de promotion sociale de personnes issues de la diversité. Ce que vise la République en effet, c'est que chacun puisse accéder à une citoyenneté pleine et entière, avec le sentiment d'appartenir à la Nation, ce creuset qui dépasse les particularismes pour ouvrir sur l'universel.

C'est pourquoi on ne peut recourir à des critères ethniques car cela risquerait d'enfermer chacun dans son identité et son histoire, de réveiller de vieux démons ou de remettre en cause le principe de la laïcité, si cher à notre pays. C'est bien plutôt sur un critère social qu'il faut mesurer les inégalités, car les inégalités sociales englobent toutes les autres. C'était une des réussites de la IIIème République avec le système des bourses : donner à un fils d'immigré la possibilité de rejoindre les élites sociales, intellectuelles et politiques.

Ainsi, le président de la République a souhaité mettre un accent particulier sur l'égalité réelle des chances. Pour ouvrir davantage les lieux où se forme l'élite de demain, il a souhaité que dans tous les lycées qui préparent aux concours des Grandes écoles, des classes préparatoires de mise à niveau soient créées (l'ENA vient de créer une classe préparatoire à l'égalité des chances). Pour accompagner les boursiers vers ces filières exigeantes, des « internats d'excellence » seront développés dans les lycées à classes préparatoires aux grandes écoles.

L'excellence se joue aussi à l'université. Pour assurer un tutorat renforcé en faveur des boursiers qui entrent en première année, des créations d'emplois étudiants seront inscrites dans les contrats d'établissement avec les universités.
L'idée, ce n'est pas d'avancer dans le domaine de la diversité par la contrainte mais par la conviction et avec pragmatisme. Il faut utiliser tous les moyens pour inciter les acteurs à faire de cet objectif une priorité.

Mon ministre Eric Besson, Xavier Darcos, Laurent Wauquiez et Yazid Sabeg lancent le 3 novembre prochain l'expérimentation du CV anonyme auprès de 50 entreprises. Nous évaluerons ensuite les impacts de cette expérimentation.

Enfin, pour faire reculer les discriminations au sein même de l'entreprise – car hélas, le fait d'être de sensibilité musulmane représente 48% des discriminations à l'embauche -, la HALDE pourra faire des contrôles inopinés sur les lieux de travail.

A partir d'une certaine taille, nous souhaitons que les entreprises fassent état dans leur bilan social des actions qu'elles conduisent sur la diversité. Un « label diversité » est déjà attribué par mon ministre aux entreprises mais aussi aux administrations ou collectivités locales engagées dans une démarche active de promotion de la diversité. Mon ministre a déjà attribué les 22 premiers labels et selon l'AFNOR qui mène les audits, 120 entreprises exemplaires en matière de recrutement et d'évolution de carrière pourraient encore l'obtenir.

Enfin, l'attribution des grands marchés publics de l'Etat pourrait être conditionnée à la mise en oeuvre par les entreprises d'actions favorables à la diversité.


L'Etat doit également être exemplaire en matière de diversité. Hélas, la représentation que nous avons des personnes de sensibilité non musulmane est souvent sur des postes non qualifiés. Pourtant, beaucoup de jeunes souhaitent accéder à la fonction publique et il faut reconnaître que nous ne sommes pas de bons élèves.
Il faut aider les jeunes à préparer les concours de la fonction publique sur le même principe que pour les classes préparatoires : le même concours pour tous, mais pas forcément la même préparation. Il faut que les procédures de nomination par les ministères permettent à chacun de faire valoir ses compétences.

Ensuite, le monde politique doit lui aussi s'ouvrir à la diversité sociale. C'est la raison pour laquelle mon ministre a accepté d'être le Président d'honneur d'un réseau des élus de la diversité lancé le 5 octobre dernier avec pour objectif de mieux s'organiser et de se faire entendre.

La France est en train de prendre conscience qu'elle dort sur un trésor.
La diversité française, à condition que nous continuions de mener une politique migratoire responsable, constitue un potentiel considérable, que nous n'avons jusqu'ici pas toujours mis en valeur. Il existe dans notre pays des réserves immenses d'enthousiasme, d'imagination, de compétences et de ferveur. Il ne tient qu'à nous de reprendre la tradition républicaine où nous l'avions laissée pour profiter de cette énergie constructive.


Léopold Sedar Senghor disait :
« La terre ne nous appartient pas, nous l'empruntons à nos enfants ».
Il nous faut être davantage responsables et sur ce chemin, l'initiative de la Fédération Mosaïc nous montre la voie pour Mieux vivre ensemble dans la République.


En savoir plus:


Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque


Lire l'intervention de Mohamed Abdi
Lire l'intervention d'Abdel Aïssou
Lire l'intervention de Ghaleb Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
Lire l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
Lire l'intervention de Dounia Bouzar
Lire l'intervention d'Eric de Montgolfier
Lire l'intervention de Faycal Douhane
Lire l'intervention de Christian Estrosi
Lire l'intervention de Mezri Haddad
Lire l'intervention de Bariza Khiari
Lire l'intervention de Fadila Mehal
Lire l'intervention d'Aziz Senni

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque

Télécharger le livre blanc du colloque


"La France est en train de prendre conscience qu'elle dort sur un trésor."

 


 

" Nous devons cesser de vivre dans une République formelle pour entrer dans une République réelle. Une République qui tienne les promesses de ses fondateurs et fasse de l'égalité des chances autre chose qu'un sujet de discours."

 

 


400 auditeurs ont suivi avec attention
le premier colloque national organisé
par la Fédération Mosaïc


 


 

"Il s'agit de se réapproprier ces symboles de la République."


 

 

"A réalité nouvelle,
réponse nouvelle."

 

 

 

 

"L'immigration fait partie de la vie d'une Nation dynamique."

 

 


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