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31 octobre 2009

Allocution de Mohamed Abdi

Conseiller Spécial de Madame Fadela Amara


CITOYENNETE ET ISLAM




Il est vrai qu'aujourd'hui, la question de l'Islam fait débat. Chaque fois qu'on engage ce débat, on a l'impression que la République française bute sur cette question, qu'elle n'arrive pas à l'aborder. Je ne partage pas cette conviction qui est une fausse analyse et qui nous donne une fausse impression de ce qui se passe dans la société française.

Nous avons tous appris à l'école de la République l'histoire de France. Nous savons que la France a longtemps été la fille aînée de l'Eglise, et qu'elle est devenue depuis longtemps – deux siècles - la fille aînée de la République. Quand on sait combien ce passage a été douloureux, - il n'y avait pas beaucoup de musulmans à cette époque, c'était l'histoire de France -, est-ce que les musulmans de ce pays vivent la situation vécue par l'Eglise à l'époque où la France a décidé de devenir la fille aînée de la République ? Non ! Je vous renvoie à l'histoire, aux archives pour vous rendre compte, sur le fondement d'éléments précis, de l'extraordinaire moment de tension que cette période a représenté. C'était au delà de l'exclusion et de la marginalisation, il y avait la mort, les assassinats, les atteintes physiques.

Quand cette France voulait répondre aux exigences de mutation mondiale, elle s'est mise en mouvement, pour se donner un cadre et un projet qui est le projet de la République, un destin collectif qui doit réunir et mobiliser tous les citoyens français.

Je citerai un deuxième exemple. A la même époque, une grande partie des citoyens français ont participé à ce changement : je veux parler des femmes. Je veux parler d'Olympe de Gouges qui a écrit la déclaration des droits. Je veux parler de Louise Michel. Connaissez-vous l'histoire tragique de ces deux femmes qui ont participé à la Révolution ?

Et pourtant... Depuis cette date jusqu'à aujourd'hui, on ne peut pas dire que l'égalité hommes-femmes – pourtant pas musulmanes ! - soit assurée. Quand on est une femme, on n'a toujours pas les mêmes droits. Je le constate dans nos réunions interministérielles, nous sommes au minimum 90 hommes sur 100 personnes. Et souvent parmi les dix femmes, il y a trois secrétaires qui prennent les notes... et la diversité est représentée par le cabinet de Fadela Amara.

Le combat qu'on doit mener pour l'égalité s'inscrit ainsi dans le même sillage que celui mené par les Révolutionnaires puis par les femmes.

Voilà le cadre que nous devons garder en tête pour mieux comprendre, pour mieux demander et pour mieux exiger la mise en oeuvre de ce principe qui s'appelle l'égalité. Car c'est là qu'il y a un problème : égalité dans l'accès à l'éducation nationale, à la justice, égalité dans les faits.

Le problème se pose pour les femmes, pour les handicapés, pour les gens issus de l'immigration, pour les petits, pour les pauvres.

Il nous faut mieux comprendre pour ne pas être injustes. Il ne faut pas rayer d'un trait de plume le rôle des arabo-musulmans dans la transmission de l'héritage grec. Et voilà pourtant a thèse qui chemine en Angleterre, aux Etats-Unis et depuis peu en France. Voilà pourquoi il nous faut être vigilants comme le disait Bariza Khiari.


Pourquoi dis-je que le principe d'égalité est essentiel ?
Je ne vois aucune contradiction avec la foi de l'individu, qu'il soit chrétien, juif musulman ou autre chose. Je fais partie de ceux qui pensent que l'égalité n'est pas qu'un objectif. On constate au quotidien que l'égalité ne marche pas. Mais l'égalité est aussi un moyen pour exiger et se mettre en mouvement avec d'autres qui souffrent de l'inégalité, pour la mettre en oeuvre. C'est parce que le débat n'a pas été tranché qu'on a dérivé vers l'égalité des chances.

Et l'égalité des chances, ce n'est pas l'égalité.


Je souhaiterais aborder un deuxième élément de cadrage, plus subjectif. Je n'ai pas la chance d'être né en France. Je suis un immigré, un « blédard », venu après mon bac pour faire des études supérieures en France. Chemin faisant, je suis resté en France et tout naturellement je suis devenu un citoyen français. Dans une famille où il était de tradition d'apprendre par coeur le Coran avant l'âge de dix ans et de faire la prière, je n'ai pas eu la chance d'avoir une bibliothèque municipale, des écoles de musique, d'aller à la cantine. Le Maroc que je connais est celui de l'inégalité, du mépris, de la difficulté, et c'est la prise de conscience de cette réalité qui m'a permis d'être militant contre ce qu'on appelait à l'époque la jeunesse islamiste. Un jour, j'ai lu dans les Mémoires d'Adrien de Marguerite Yourcenar, que le véritable pays de naissance de l'être, c'est le premier endroit où l'on porte un regard intelligent sur soi. Pour moi, c'est la France.
Permettez-moi de ne pas avoir ce regard critique très sévère car c'est cela mon parcours, qui me permet de regarder cette réalité pour mieux l'aborder.

Oui, c'est vrai, l'Islam est questionné, interpellé, interrogé. Pourquoi, alors qu'en France, on connait l'Islam depuis des siècles ? La mosquée de Paris a été construite en 1922, quelques années après le débat sur la loi de 1905. Ce qui pose problème, c'est ce que renvoient certains qui se réclament de l'Islam et qui ont parfois des modes d'expression très violents. L'Islam est en question depuis le 11 septembre, depuis que de certains pays musulmans subissent une violence sans nom, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Egypte, au Pakistan, en Afghanistan. Partout, dans les pays musulmans, on revient à un référentiel qui réduit l'homme à rien. C'est donc normal qu'il y ait ce questionnement.

C'est pourquoi des initiatives telles que celle d'aujourd'hui sont primordiales pour créer les conditions du débat et pour apporter des réponses. Parce que les citoyens de sensibilité musulmane n'ont rien à voir avec tout cela. Il n'y a qu'à voir avec quel courage les hommes et les femmes de sensibilité musulmane se lèvent contre la violence, le terrorisme.
Je veux évoquer Fadela Amara avec son association « Ni pute, ni soumise », quel courage ! Elle qui va au Conseil des ministres en faisant le ramadan sans que cela pose aucun problème à personne.

Ce slogan « Ni pute, ni soumise » choque beaucoup certains qui se sentent stigmatisés. Son message se résume en un mot : l'exigence de l'émancipation pour tous.

Ce débat, il faut l'aborder avec sérénité, courage et conviction politique, sans oublier le cadre historique et les combats qu'ont connu ce pays.

Je vous ai parlé de ma trajectoire personnelle pour souligner que je n'ai jamais oublié d'où je viens. J'ai la foi comme d'autres ont d'autres convictions et je le revendique et cela ne m'a jamais posé de problème.

Je veux participer à une France belle comme un rêve d'humanité où que la seule chose qui vaille, c'est le progrès de conscience et rien d'autre.

En savoir plus:


Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque


Lire l'intervention d'Abdel Aïssou
Lire l'intervention de Ghaleb Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
Lire l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
Lire l'intervention de Dounia Bouzar
Lire l'intervention d'Eric de Montgolfier
Lire l'intervention de Robert Djellal
Lire l'intervention de Faycal Douhane
Lire l'intervention de Christian Estrosi
Lire l'intervention de Mezri Haddad
Lire l'intervention de Bariza Khiari
Lire l'intervention de Fadila Mehal
Lire l'intervention d'Aziz Senni

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque

 

" Le projet de la République, c'est un destin collectif qui doit réunir et mobiliser tous les citoyens français."

 


400 auditeurs ont suivi avec attention
le premier colloque national organisé
par la Fédération Mosaïc

 


 


"Je fais partie de ceux qui pensent que l'égalité n'est pas qu'un objectif."


 


 

 

 


Télécharger le livre blanc du colloque


 

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