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31 octobre 2009
Allocution
de Ghaleb Bencheikh
Président
de la conférence mondiale des religions pour la paix,
Présentateur
de l'émission Islam le dimanche matin sur France 2
LISLAM
DANS LA REPUBLIQUE
Merci pour cette
initiative louable qui ouvre une nouvelle ère pour la
citoyenneté active. Avec les devoirs et les droits
du citoyen, nous pouvons tous recouvrer une dignité altérée,
bafouée. Il est temps de la reconquérir et
c'est pour ça que je souscris à la démarche
de Mosaïc.
Etant agacé par
le " et ", la copule, la conjonction de coordination
qui suit toujours l'islam - l'islam et la liberté, l'islam
et la démocratie, l'islam et la citoyenneté, l'islam
et la République, l'islam et la violence, l'islam et la
femme, l'islam et la science, l'islam et la gazelle, l'islam
et l'électricité - pour une fois, nous parlerons
de l'islam DANS la République et non pas de l'islam et
la République.
La question islamique est devenue une question cruciale, au centre
d'enjeux nationaux et internationaux. Elle rappelle la question
d'Orient dans les années 20. Elle est aussi au centre
de nos préoccupations. A voir l'enthousiasme, l'intérêt,
les craintes, les appréhensions de l'ensemble de nos compatriotes,
entre la surmédiatisation et la méconnaissance,
que ne dit-on pas sur l'islam et les musulmans en France et de
par le monde !
Je dis méconnaissance, je ne dis
pas ignorance. Quand on est ignorant et qu'on se sait ignorant
de quelque chose ou d'un concept, ça redynamise pour aller
apprendre. En revanche, quand on est méconnaissant d'un
sujet, on est piégé d'un double travers: le premier,
c'est de se croire connaissant, et on n'a pas envie d'apprendre.
Le second, c'est de propager un savoir qui, par définition,
est faux puisqu'il ne correspond pas à la réalité.
Et ce fut le cas, c'est
le cas, j'espère que cela ne sera plus le cas avec la
tradition islamique.
Le vocable même d'islam génère beaucoup de
fantasmes. On ne sait plus ce qu'il dit. Ce mot valise englobe
tout et le contraire de tout quand il s'agit de cette tradition
islamique. Est-ce Ben Laden, sont-ce les patineuses bosniaques
à Sarajevo, est-ce les banlieues, est-ce la mosquée
de Paris, est-ce l'Indonésie, est-ce Médine, est-ce
les soufis? On n'en sait rien. Alors qu'en réalité,
il s'agit de quelque chose de beaucoup plus complexe, d'une société
humaine travaillée par le fait religieux dans sa coloration
monothéiste, abrahamique.
Si vous me le permettez,
je sortirai de la gangue sociétale. Non pas que cette
problématique ne soit pas importante - si vous êtes
là, c'est qu'elle vous pèse - et il me semble en
effet que la lecture que nous en faisons est biaisée au
niveau de la grille sociale des musulmans de France et de sa
problématique avec la République, mais parce que
je refuse que nous y soyons enfermés. Replaçons
la tradition religieuse islamique avec toutes ses strates -spirituelles,
cultuelles, culturelles, civilisationnelles-, dans sa portée
historique, dans sa dimension profonde.
Imaginez-vous ! A cause d'une présentation de l'histoire
mutilée et mutilante, nous nous sommes trouvés
à considérer que l'élément islamique
est allogène, alloglote, allochtone, incongru dans le
paysage sud-européen : Ramatuelle n'est que corruption
de Rahmatullah -la miséricorde de Dieu-, Perpignan n'est
que corruption de Bir bunyan -le puits de l'urbanisme-, et que
dire de Carcassonne, de la mosquée de Narbonne, de la
porte sarrasine, du massif des Maures...
On a fait une fixation
sur une escarmouche de nuit en 732 entre Charles Martel et Adberrahman
qu'on a élevée au rang d'une épopée
pour justifier, à un moment donné, une entreprise
coloniale. Et on a pu trouver, le 23 février 2005, des
aspects positifs à une oeuvre qui par définition
est une abomination absolue et qui reste le délit irréfutable
de ceux qui ont prétendu parler au nom de la civilisation,
dans un pays où l'école de Ferry n'était
ni gratuite, ni obligatoire, ni laïque. Voilà les
aspects positifs de la civilisation.
Quand je dis qu'il faut sortir de la gangue
sociétale, c'est pour revenir à une chose qui me
paraît de la plus haute importance. Nous appartenons à
une aire sur une longue ère civilisationnelle, humaine,
euro-méditerranéenne, autour du pourtour méditerranéen,
ensemencée par le monothéisme judéo-islamo-chrétien
abrahamique, d'expression gréco-arabe, n'en déplaise
à ceux qui ont reçu le prix Victor Cousin pour
un ouvrage dans lequel il y a des impérities, des inepties,
des arguties, des billevesées, parce qu'on a cru que Afek
Ibn al-Muqama était le même que Théodore
Abu Qurrah. On accorde ce prix à une oeuvre qui est dans
les basses eaux du débat intellectuel et scientifique.
Comme réponse, je dirai simplement une scène fictive
que je tiens à un ami prêtre de surcroît :
" Mon cher abbé, assieds-toi sur le divan, je
serai en face de toi sur le sofa en dessous de l'alcôve.
Veux-tu un alcool venant directement de l'alambic et non pas
du magasin ? Comme ça, moi je prendrai un café
sucré parce que je n'aime pas ce qui est amer. Tout à
l'heure, nous dégusterons ensemble un sorbet et nous boirons
un nectar d'abricot. Pour t'amuser, tu peux jouer aux échecs,
mais attention, comme l'enjeu est une joaillerie de lapis lazuli
et d'émeraudes, ce n'est pas un jeu de hasard. Alors attention
à l'échec et mat! Si tu veux respirer, ouvre les
moucharabieh afin de sentir le jasmin, de voir au loin le vaisseau
amiral entouré de felouques entrer dans l'amirauté
où, dans l'arrière-pays, il y a des girafes et
des gazelles qui gambadent. Pour passion, l'algèbre est
alchimie dans laquelle il y a des algorithmes. Enfile ton pyjama
en coton et allonge-toi sur le matelas. Repose-toi. "
Nous avons ignoré et fait en sorte que nos jeunes concitoyens,
quels qu'ils soient, aient été privés de
la connaissance d'une belle langue, lyrique, suggestive, ouverte,
une langue de civilisation, une langue diplomatique, une langue
de travail, une langue onusienne, réduite pour certains
à une langue d'immigrants au même titre que les
langues régionales pour lesquelles j'ai la déférence
la plus totale.
Voilà pourquoi l'islam n'a pas la place qui lui incombe
dans la République et qu'il incombe davantage à
ceux qui prétendent parler au nom de l'islam comme des
hiérarques et qui pleurnichent parce que le fondamentalisme
a gagné les terrains, parce que des imams autoproclamés,
ignares, qui ne savent réciter qu'une sourate viennent
capter l'attention de jeunes gens, spéculant sur la misère,
surfant sur la situation d'indigence réelle. Là,
il y a véritablement un travail de reconquête
par la pensée.
Il y a deux jours, maître Spinner a dit, à la mosquée
de Paris : "La République est une chance pour l'islam
". Oui, je le crois, parce que nous allons bénéficier
d'un ciel clément pour entreprendre non pas l'aggiornamento,
le ravaudage, le rafistolage, le bricolage mais une véritable
refondation de la pensée.
On pense que la renaissance est arrivée comme ça,
sui generis, alors que j'ai la faiblesse de croire qu'elle doit
quelque chose à l'humanisme d'expression arabe, Abu Hayan
al-Tawhidi et d'autres, Kindus, Avicenne... Occultés,
oubliés !
Entre Ptolémée
et Tycho Brahé, il n'y aurait donc jamais eu d'astronomie.
Pas un mot dans les manuels scolaires! Ceci n'est pas juste au
niveau de la présentation de l'éducation nationale.
Ce ne sont que
des bribes,... chacune de ces idées mérite à
elle seule un colloque.
Revenons à l'islam
dans la République. Le tissu social des musulmans en France
n'est pas harmonisé. Il est constitué de deux pôles:
un pôle minoritaire, que personne ne cite mais qui existe,
la plupart de souche arabe avec l'accent rocailleux qui caractérise
les arabes, mais dans une obséquiosité servile,
on leur baise la main, parce qu'ils sauvent le marché
des pouliches à Deauville ou à Longchamp. On n'a
jamais dit de ceux là qu'ils étaient des islamo-délinquants,
qu'ils étaient sans papiers, qu'ils étaient inintégrables
- il n'y a pas à intégrer la quinzième génération.
C'est uniquement cette frange de la société, dont
on n'arrête pas l'énumération de la génération,
les éternellement "issus de..". Et ceux qui
osent parler de ceux là en termes de énième
génération sont eux mêmes fraîchement
arrivés dans le corps national.
Il y a un autre pôle d'hommes et de femmes, prolétarisé,
discriminé, ostracisé, stigmatisé, marginalisé,
banlieusardisé, déshumanisé dans certains
cas, déscolarisé et surtout désislamisé.
On assiste à une réislamisation de néophytes
telle une revendication politico-identitaire à cause de
la faillite de la politique et de l'éducation nationale.
J'essaie de voir où sont les manquements à la fois
de ceux qui prétendent parler au nom de cette tradition
religieuse et au niveau des familles.
Un énorme
travail d'éducation, d'instruction, d'acquisition du savoir,
de connaissance, est à accomplir.
Un mot du débat
sur l'identité nationale: Je ne suis pas sûr qu'il
doive être déféré uniquement à
la classe politique. Nous allons nous approprier ce débat.
Il n'y a pas grand chose à dire. Il y a simplement à
souligner que l'identité nationale est une sédimentation
sur une roche mère. Je n'ai qu'à voir les belles
cathédrales et les beaux vitraux, je suis pétri
des grands motets du baroque. Le geste de Roland, même
s'il n'est pas tendre à l'égard du prophète
de l'islam, fait partie de l'identité nationale.
Cette sédimentation
a fait en sorte que d'autres apports enrichissants sont venus
la consolider. Et nous en sommes fiers. Que cet état de
fait pose un problème -certains le perçoivent comme
un traumatisme-, nous compatissons à leur état,
mais nous n'y pouvons rien. Ceux qui voient des minarets partout,
il faudrait les prendre en sympathie, ou leur faire comprendre
que ce n'est qu'un faux problème qui aurait pu être
réglé intérieurement par les musulmans eux-mêmes
car le minaret n'est une exigence ni théologique, ni architecturale.
La mosquée d'Ispahan ne ressemble pas à celle de
Cordoue. Ce n'est pas une exigence absolue.
Nous appartenons à une seule communauté de destin
national et nous voulons consolider une société
fraternelle et solidaire. Il est dans l'histoire de la France
d'être deux France. Comme il y a eu une France royaliste
et une France républicaine, une France anti-cléricale
et une France cléricale, une France dreyfusarde et une
France anti-dreyfusarde, une France de la Résistance et
une France de la collaboration, il y a une France que nous aimons
et pour laquelle nous donnons ce que nous avons de cher -la France
éternelle, la France des droits de l'homme, la France
généreuse et accueillante, la France modèle
qui explique pourquoi nous/vous sommes/êtes là-,
et il y a aussi une France qui, hélas, se drape derrière
le masque hideux de l'intolérance et du racisme, et c'est
un travail qui se fait au niveau des mentalités davantage
qu'au niveau des décrets. C'est un travail aussi du témoignage,
nous/vous sommes/êtes les ambassadeurs pour cela, pour
une citoyenneté active parce que nous avons envie de vivre
ensemble, à l'aise dans la laïcité, une laïcité
comme la catalyse de l'alchimie du mieux vivre ensemble, comme
le forum qui permet cette rencontre.
Lire
les idées forces dégagées lors de ce colloque
Lire l'intervention de Mohamed
Abdi
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l'intervention d'Abdel Aïssou
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l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
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l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
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Bouzar
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l'intervention d'Eric de Montgolfier
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Djellal
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l'intervention de Faycal Douhane
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Estrosi
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Mehal
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l'intervention d'Aziz Senni
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" L'identité
nationale est une sédimentation sur une roche mère.
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400 auditeurs
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organisé par la Fédération
Mosaïc
"Nous appartenons à
une seule communauté de destin national et nous voulons
consolider une société fraternelle et solidaire."
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