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31 octobre 2009

Allocution de Fadila Méhal

Présidente des Marianne pour la diversité,

Vice-Présidente de la Commission "médias et diversité " de l'ACSE



LA COHESION SOCIALE ET L’EGALITE DES CHANCES EN 2009

L'Acsé -l'agence nationale pour la cohésion sociale- est un établissement public créé pour renforcer l'action de l'Etat en faveur des habitants des quartiers difficiles de France.

L'Acsé a la responsabilité du service civil -maintenant civique- volontaire et la gestion des fonds interministériels de prévention de la délinquance.
Quelques chiffres : 32.000 opérations soutenues par l'Acsé, 80 plans territoriaux de lutte contre les discriminations, 4.000 places pour les écoles de la 2ème chance, 3.200 jeunes accomplissent leur service civil, financement de 4.200 adultes relais.
Nous nous occupons de tout ce qui touche la cohésion à la fois sociale et territoriale et développons des projets dans le cadre de la politique de la ville. Nous travaillons sur la question de la lutte contre les discriminations -directes et indirectes- en lien avec la HALDE pour modifier les représentations parfois négatives attachées aux territoires et à leurs habitants.
Dernier volet qui me tient particulièrement à coeur, puisque je suis directrice de la formation et de la culture à l'Acsé, c'est la question de la promotion de la diversité, qui s'attache à donner une image de la France riche de sa diversité culturelle, artistique, humaine et capable d'impulser un changement durable et profond des mentalités.

J'ai en charge un programme qui s'appelle la Commission « Images et diversité », 300 oeuvres -la journée de la jupe, entre les murs- que nous avons financées et qui ont permis peut-être de changer les représentations.

C'est à ce titre que nous travaillons en direction des associations comme Mosaïc qui sont le reflet de la société civile, avec les entreprises, avec les collectivités. Il est important en effet que les associations comme Mosaïc, qui ont pour vocation de structurer un réseau d'acteurs sur le terrain, soient aussi des interlocuteurs pour les partenaires publics. Et il est important que l'Acsé soit dans le tour de table à la fois financier mais surtout moral de ces organismes.


Ma deuxième casquette, c'est celle de présidente-fondatrice des Marianne de la diversité. Cette association a été créée après les événements très violents des banlieues qui menaçaient de mettre en danger la République. Quand les femmes se sont levées -les mères notamment-, il y a eu des médiations, il y a eu des mots d'apaisement, mais aussi de colère parfois justifiée.

Attention au diagnostic à l'égard de ces jeunes. On a dit qu'ils n'aimaient pas la France, je crois que c'est parce qu'ils aimaient trop la France et ses valeurs -notamment l'égalité- que ces jeunes se sont levés, parce qu'ils ne supportaient pas les dysfonctionnements et les difficultés énormes rencontrés dans ces banlieues où tous les clignotants sont au rouge.

J'ai créé cette association parce que je m'intéresse à la question des femmes. La question des femmes est très importante. Pour beaucoup, les femmes sont des marqueurs de l'intégration et de la question « l'Islam est-il soluble dans la République ». J'ai voulu y a travailler pour changer les représentations et montrer que les banlieues, l'Islam, ce ne sont pas que des femmes voilées, battues, violées ou excisées. Il y en a et je les salue. Elles existent et je ne les oublie pas.

Mais je dis que l'Islam c'est aussi des femmes qui luttent, qui progressent, qui essaient d'avancer avec leur spiritualité. Leur condition est liée au regard qui est porté sur elles, qui les enferme, qui les stigmatise et qui les met à l'épreuve.

La religion, c'est une fenêtre sur l'univers pour peu qu'elle reste à sa juste place.

Je crois que nous avons un devoir de responsabilité, nous musulmans qui voulons changer les représentations, parce que ce que nous incarnons est plus fort que nos simples individualités.

Comme le dit le procureur Eric de Montgolfier, celui qui sait est responsable de celui qui ne sait pas. Comme le disait Bariza Khiari, on ne sait pas comment nous nommer. L'actualité internationale nous impose des images. Ces images sont cristallisées autour du terrorisme, de la violence, de la défiance et de la suspicion.

Je ne crois pas que nous puissions changer les choses avec la force de l'arsenal juridique. Le droit ne peut pas tout. Je crois à la responsabilité de la pédagogie.

Je suis heureuse que les médias mettent en évidence cette initiative, pas de façon caricaturale mais à sa juste place, avec la complexité des débats.

Nous sommes nombreux à penser que l'exemplarité parle plus que toutes les études et que toutes les lois.

Nous ne devons pas oublier qu'une histoire nous a précédés. Notre combat n'est pas a-historique.

On se trompe lorsqu'on pense que les jeunes n'ont pas un sentiment d'appartenance: c'est parce qu'ils aiment trop la France qu'ils ont besoin de savoir que ce principe d'égalité n'est pas seulement formel mais réel. Ils ont besoin de savoir que leurs parents sont enterrés dans des carrés musulmans et que cette terre est enfin la leur.

Lorsque je suis arrivée en France, dans les années 50, nos parents rasaient les murs, étaient silencieux parce qu'il ne fallait pas se faire reconnaître. Ils étaient d'un autre pays et rêvaient d'un autre pays. Que leur apportait la reconnaissance -l'Islam à l'époque était paisible-, ils n'étaient pas d'ici. Mon mari lorsqu'il est devenu Français a pleuré parce qu'il avait un sentiment de trahison par rapport à cette injonction à la fidélité. Ce n'est pas le cas de nos jeunes d'aujourd'hui qui sont d'ici. C'est parce qu'ils sont les héritiers de cette histoire, de l'édit de Nantes et de la Révolution française qu'ils veulent que cette égalité soit enfin inscrite non pas sur les frontons de nos écoles et de nos mairies mais dans les rues, dans les entreprises, dans les administrations et dans les partis politiques.

Les musulmans demandent plus de reconnaissance. Je leur demande d'aller davantage vers les autres. Ils doivent faire partager leur spiritualité.

J'ai été longtemps animatrice du dialogue Islamo-chrétien et je participe à la plateforme européenne du dialogue judéo-musulman. Il est temps de parler de dialogue.

Dans le dialogue interculturel, il y a de l'hospitalité mais aussi de l'hostilité. Il faut aller jusqu'au bout de ce dialogue parce qu'on ne peut cheminer ensemble si on ne partage pas, si on ne confronte pas, parce que ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare.

Ce qui nous rassemble, c'est cet humanisme où l'homme est au centre de tout. Cette spiritualité à laquelle nous aspirons parce que le monde matériel ne nous suffit plus, devient un moteur et non un frein, pour construire de nouvelles Andalousie.

Dans ce projet, la diversité est un cadeau et non pas un fardeau.


En savoir plus:

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque


Lire l'intervention de Mohamed Abdi
Lire l'intervention d'Abdel Aïssou
Lire l'intervention de Ghaleb Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
Lire l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
Lire l'intervention de Dounia Bouzar
Lire l'intervention d'Eric de Montgolfier
Lire l'intervention de Robert Djellal
Lire l'intervention de Faycal Douhane
Lire l'intervention de Christian Estrosi
Lire l'intervention de Mezri Haddad
Lire l'intervention de Bariza Khiari
Lire l'intervention d'Aziz Senni

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque

Télécharger le livre blanc du colloque


 

"On se trompe lorsqu'on pense que les jeunes n'ont pas un sentiment d'appartenance: c'est parce qu'ils aiment trop la France qu'ils ont besoin de savoir que ce principe d'égalité n'est pas seulement formel mais réel."

 


400 auditeurs ont suivi avec attention
le premier colloque national organisé
par la Fédération Mosaïc



"Nous avons un devoir de responsabilité, nous musulmans qui voulons changer les représentations, parce que ce que nous incarnons est plus fort que nos simples individualités."


 


"Je ne crois pas que nous puissions changer les choses avec la force de l'arsenal juridique. Le droit ne peut pas tout. Je crois à la responsabilité de la pédagogie."

 

"Nous sommes nombreux à penser que l'exemplarité parle plus que toutes les études et que toutes les lois."


 

" La religion, c'est une fenêtre sur l'univers pour peu qu'elle reste à sa juste place."

 

 

"Ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous sépare"

MOSAÏC remercie pour leur soutien
lors de cet événement:



 

 


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