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31 octobre 2009
Allocution
d'Eric de Montgolfier,
Procureur
de la République
CELUI
QUI SAIT EST RESPONSABLE DE CELUI QUI NE SAIT PAS
N'étant ni responsable politique, ni responsable religieux,...
n'étant pas non plus un chef de guerre, ni même
musulman, il faut bien que je m'interroge sur la raison de ma
présence, un peu décolorée, dans le débat...
Je n'ai pas d'autre
référence que la légitimité que me
donne le mandat que j'ai reçu de faire respecter la loi
et la vérité.
Si j'en avais les capacités, je saluerais bien volontiers
tous les auvergnats présents dans cette salle, mais peut-être
sont-ils également musulmans...
Musulman: c'est un mot
dont je dois avouer qu'il me pose un problème. Je n'ai
pas le sentiment qu'être musulman puisse constituer dans
ce pays un obstacle. Je comprends que l'Islam puisse faire peur,
non pas parce qu'il est l'Islam, non pas parce que c'est une
religion, mais parce que parfois, de par le monde, des excès
sont commis au nom de l'Islam .
Il ne serait pas judicieux,
dans un débat sur la citoyenneté dans la République
française, d'utiliser l'Islam comme paravent à
une autre réalité. La réalité est
un peu douloureuse. Je ne parle pas de la souffrance que peuvent
légitimement subir ceux qui, venus d'ailleurs, d'une autre
culture, d'autres territoires, d'autres fondements, se voient
refuser l'accès à la citoyenneté. Je comprends
qu'ils cherchent un chemin pour se faire reconnaître comme
citoyens de la République.
Mais il y a une autre réalité, plus fangeuse, parce
qu'elle trouve sa source au fond de la nature humaine où
toute différence est parfois vécue comme un danger.
Ce n'est pas d'être musulman qui conduit au rejet dans
ce pays, c'est le fait d'avoir une couleur de peau différente,
ou des habitudes différentes. Faut-il, alors que j'ai
parfois le sentiment de vivre dans un zoo, ouvrir une nouvelle
cage ? Après les femmes, les homosexuels, créer
la cage des musulmans de France... je ne suis pas sûr que
ce soit le bon combat.
Le bon combat, pour
moi, consiste à dire que les hommes sont ce qu'ils sont,
différents par nature, grands, petits, blancs, noirs...
J'entendais ce matin qu'un nombre impressionnant de Français
ne verraient pas d'obstacles à voter éventuellement
pour une personne noire. Comme j'aimerais voir ce jour !
Quand j'entends dire
"sale bougnoule", ce n'est pas sale musulman que j'entends,
c'est "toi qui est différent de moi, pousse toi,
ceci est ma place."
Pour moi qui vis dans
les beaux quartiers, quand je croise dans l'escalier quelqu'un
qui est différent de moi par la couleur de peau, c'est
qu'il est riche.
Ce que je vois de ce pays, c'est qu'il n'a aucun sens du partage,
ou un sens un peu particulier du partage du territoire, celui
qui consiste à conserver le coeur de ville pour les plus
fortunés et à mettre à la périphérie
ceux qui les dérangent. Ce que je vois pour la justice
que j'incarne pour une partie, c'est aussi quelque chose d'intolérable,
c'est l'injustice propagée par une institution. Quelque
effort qu'on fasse, la justice ne pourra pas réparer ce
qui relève de la société. Rien ne fera que
ceux qu'on a écartés des beaux quartiers et concentrés
dans des immeubles pas toujours salubres ne se sentent pas injustement
mis à l'écart et qu'ils voudront prendre leur part
à la vie collective. Au nom de l'institution, nous devons
poser sur eux un oeil plus attentif, au risque d'ajouter par
l'injustice à l'inégalité du sort qui leur
est fait.
Il faut bien poser le doigt à ce qui fait le plus de mal
dans la République, ce peu de goût que nous avons
de nous respecter les uns les autres, de partager le patrimoine
collectif et d'inscrire dans ce patrimoine ce qui appartient
à d'autres cieux.
Oui, ce pays a été
heureux pendant bien des années d'accueillir ceux qui
n'étaient pas encore français ou qui l'étaient
à moitié et qui venaient d'ailleurs. J'étais
procureur de la République dans le nord et j'ai souvenir
que les derniers à être descendus dans la mine étaient
des Marocains . Et ceux-là, quand on a cessé d'en
avoir besoin, on a tenté de leur indiquer la sortie. Passivité
des musulmans de France, ou passivité globale des citoyens
de ce pays devant l'injustice ?
Aujourd'hui se réouvre un débat sur l'identité
nationale. Force est de se demander ce que c'est que l'identité
nationale...Est-ce un cadre fixe où l'on est prié
de s'inscrire ou de partir ? Je prends ce que vous acceptez de
me donner sinon je ne suis rien. Ou bien est-ce un socle, le
socle d'un idéal, celui de vivre ensemble dans le respect
mutuel, un socle où chacun pourrait s'agréger avec
ce qu'il y a de plus profond en lui, ses différences et
ses dissonances, pourvu que tout cela s'inscrive dans la norme
définie par la collectivité dans l'intérêt
de tous. Oui, je crois dans un socle, le socle de la République,
celui qui a fait de ce pays un grand pays, quand il était
plus épris des libertés que de dire qu'elles existaient.
Le mot même d'identité
nationale constitue un vocable dangereux.
On nous explique que
le passé appartient au passé et que l'usage qui
a été fait de l'identité nationale, voire
de la préférence nationale, ne nous appartient
plus, est passé à la trappe de l'histoire. Je ne
crois pas que ce soit si simple. Souvent les idées forgent
les mots, mais, hélas, parfois les mots affadissent, voire
tuent les idées. Cet usage fait qu'aujourd'hui, quand
on parle d'identité nationale, on a tous l'impérieuse
obligation de définir cette notion. Etre citoyen dans
un pays libre le nôtre c'est souscrire aux
devoirs et obligations mais c'est surtout respecter dans la devise
de la République le plus essentiel et inaccessible des
mots, la fraternité. C'est le troisième mais ce
n'est pas le dernier. C'est, au contraire, celui qui doit nous
agiter tout le temps, toujours, à tout moment. Souvenez-vous
en, sinon bientôt la République ne sera bientôt
plus qu'une religion.
Lire les idées forces
dégagées lors de ce colloque
Lire l'intervention de Mohamed
Abdi
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l'intervention d'Abdel Aïssou
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Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
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l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
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Bouzar
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l'intervention de Robert Djellal
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l'intervention de Faycal Douhane
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Estrosi
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Haddad
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l'intervention de Bariza Khiari
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Mehal
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l'intervention d'Aziz Senni
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les idées forces dégagées lors de ce colloque
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le livre blanc du colloque
" Oui, ce
pays a été heureux pendant bien des années
d'accueillir ceux qui n'étaient pas encore Français
ou qui l'étaient à moitié et qui venaient
d'ailleurs. "
400 auditeurs
ont suivi avec attention le premier colloque national
organisé par la Fédération
Mosaïc
"Quelque
effort qu'on fasse, la justice ne pourra pas réparer ce
qui relève de la société."
"Oui,
je crois dans un socle, le socle de la République, celui
qui a fait de ce pays un grand pays, quand il était plus
épris des libertés."
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