|
31
octobre 2009 Ouverture par Monsieur Christian Estrosi, Ministre chargé
de l'industrie, Président de Nice Côte
d'Azur, maire de Nice
Merci de m'offrir l'opportunité d'ouvrir
ce premier colloque national.
J'ai le sentiment d'y être tout à fait à
ma place.
Lorsque Marouane Bouloudhnine m'a
parlé pour la première fois de la création
d'une Fédération des Français de sensibilité
musulmane, j'ai tout de suite compris l'importance de cette initiative.
L'enjeu est historique : il s'agit de donner une voix à
ceux qui aspirent à mettre en avant leur citoyenneté
et refusent de se laisser enfermer dans le seul critère
religieux.
L'idée est susceptible d'avoir des répercussions
considérables. Cette innovation est une petite révolution
dans les représentations stéréotypées
que beaucoup de Français se font des citoyens de culture
musulmane. La création du CFCM qu'a voulue et encouragée
Nicolas Sarkozy comme ministre de l'intérieur répondait
à l'exigence de favoriser l'émergence d'un partenaire
pour l'Etat pour évoquer la question de l'exercice et
des lieux de culte. A aucun moment il n'était question
de citoyenneté.
L'identité française ne peut se réduire
à l'identité religieuse, réduction facteur
d'appauvrissement et d'exclusion.
Une
identité qui ne nous rassemble pas est vide et morte alors
que l'identité française est ouverte et se construit
sur les rapports d'adhésion que chacun entretient avec
les valeurs républicaines, qui refuse toutes les formes
d'oppression, de l'homme sur l'homme, de l'homme sur la femme.
Avec la fraternité, c'est-à-dire le respect de
l'autre dans ce qu'il peut avoir de différent, la confrontation
pacifique des idées peut avoir lieu. Comment refuser ?
S'engager en politique, ce n'est pas comme certains le croient,
pour chercher les honneurs - ceux qui le font pour les honneurs
sont bien plus assurés d'y prendre des coups - mais pour
faire en sorte que chacun se sente bien dans notre société,
que chacun puisse avoir l'opportunité d'exprimer ses talents,
sa créativité, son inventivité au service
de la politique. C''est pour favoriser l'épanouissement
de nos concitoyens.
C'est pour cela que je me suis engagé en politique et
ai consacré plus de 25 années d'engagement au service
de ma collectivité avec les valeurs d'égalité,
égalité des sexes, égalité de l'homme,
égalité de la femme, cela veut dire avec la fraternité,
le respect de l'autre dans ce qu'il peut avoir de différent,
pour permettre la libre expression et la confrontation des idées.
Quand on dit d'un homme politique qu'il est guidé par
l'ambition, je réponds quelle plus grande ambition peut-il
avoir que celle d'apporter du bonheur autour de soi, de créer
de la solidarité, de la justice, du respect entre les
individus et entre les générations ?
Ce
colloque nous invite à changer la donne. C'est l'aboutissement
d'une idée née ici, à Nice. C'est une idée
qui vient de loin.
Comment faire pour que les Français de culture musulmane
soient reconnus comme des Français à part entière
et non plus comme des Français entièrement à
part ?
Il s'agit d'un projet ambitieux, parce qu'il concerne 6 millions
de personnes qui se revendiquent plus ou moins par leur appartenance
au monde musulman, 6 millions de personnes c'est presque 10 %
de la population française, ce sont des travailleurs,
des chefs d'entreprise, des professeurs, des artisans, des étudiants,
des fonctionnaires, des médecins, des chercheurs, ce sont
des hommes et femmes qui sont partout dans la société
française et contribuent à son bien-être
et à son épanouissement. Ils ont droit à
notre considération et notre respect.
Ce projet est aussi nécessaire
car il existe beaucoup de malentendus sur la relation des Français
de sensibilité musulmane à la nation. On tire argument
du comportement de quelques individus qui parfois n'ont même
pas la nationalité française pour généraliser
et jeter l'opprobre sur toute une communauté.
Cela, moi je le refuse de toutes mes forces. C'est simplement
du racisme. Cela n'a rien à voir avec l'idée que
j'ai de la France. Le racisme, c'est le contraire des valeurs
que je défends dans la République. L'écrasante
majorité de la population de sensibilité musulmane
ne peut être l'otage d'une minorité. Cela me rend
d'autant plus exigeant pour dénoncer tout ce qui peut
s'apparenter à une forme d'intégrisme religieux
qui exclut, qui cultive l'intolérance et refuse de se
soumettre aux valeurs de la République.
Tous
les intégrismes sont des ennemis de la République.
Raison de plus pour ne pas céder à l'idée
complètement folle de faire référence à
la religion comme critère d'appartenance à la Nation.
Cela n'a jamais fait partie de nos gènes républicains.
Mais ça n'est pas pour autant que nous devons considérer
que celles et ceux qui défendent des valeurs nobles, des
convictions religieuses profondes n'ont pas leur place dans la
République. Et c'est bien de cela qu'il s'agit. Que chaque
citoyen trouve sa place dans la République et puisse défendre
une même identité de la France et des valeurs de
la République.
En quoi devrait-on condamner le fait que des religions qui défendent
les valeurs de la République ne puissent pas trouver toute
leur place pour compléter la transmission des valeurs,
de la connaissance et du savoir, dès lors qu'il s'agit
d'enseigner la différence entre le bien et le mal ? Ce
n'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre au service des
valeurs de la République.
Je
veux remercier tous ceux qui représentent dans leurs différences
les différents cultes qui sont présents parmi nous
et qui savent se rassembler autour des mêmes valeurs de
la République. Les questions dont il vous est demandé
de débattre sont d'une importance cruciale pour l'avenir
de notre vivre ensemble.
Ce colloque intervient quelques jours seulement après
l'annonce du grand débat sur l'identité nationale
annoncé par mon collègue et ami Eric Besson, au
sein du gouvernement. La question posée c'est, sous une
forme légèrement différente, la même
que celle qui vous est posée. Pour vous, qu'est-ce qu'être
Français aujourd'hui ? Il faut avoir l'esprit singulièrement
compliqué et soupçonneux pour voir dans cette question
l'expression d'un machiavélisme politique ou un piège.
C'est une question que tous les Français se posent parce
que la France a changé. Je suis conscient de la responsabilité
que portent les responsables politiques dans la situation qui
nous amène aujourd'hui à essayer de porter ce message
de la laïcité. Cette responsabilité qui fait
que nous accumulons presque vingt ou trente années d'échec.
On nous parle toujours de la loi de séparation de l'Eglise
et de l'Etat de 1905, mais est-ce que la France de 1905 était
la France d'aujourd'hui ? Nous savons très bien que la
société française a profondément
changé.
Je suis fier que ce colloque s'ouvre à Nice parce que
j'ai voulu faire de Nice, avec mon équipe municipale,
une ville de la diversité, du respect, de l'équité,
de la justice pour chacun, où l'on permette à chaque
enfant de grandir ensemble autour des mêmes valeurs.
Nous
sommes issus d'un pays d'une grande tradition. En mai 2007, j'étais
aux côtés du Président de la République,
place de la Concorde pour célébrer la victoire
que les Français avaient bien voulu nous accorder. Le
président nouvellement élu avait choisi cette place
parce c'est sans doute un des lieux qui symbolisent le plus fortement
les valeurs de la France, de notre identité et de la République,
parce que c'est la place issue du concordat, du moment où
de nouveau un chef d'Etat a voulu, au terme de la Révolution
française, permettre la libre expression de chacun dès
lors qu'il respectait les valeurs de l'Etat, de l'identité
française et de l'identité nationale.
Pour moi, alors Secrétaire d'Etat en charge de l'outremer,
lorsque je vois ceux qui dénoncent aujourd'hui le fait
de vouloir enseigner à chaque enfant de chaque école
de France de pouvoir chanter la Marseillaise, chaque fois que
je débarquais à Futuna, à Wallis, à
25.000 kms de Paris, aux îles australes, aux îles
marquises, dans les archipels les plus éloignés
au cur de la Nouvelle Calédonie, au cur de
l'océan indien - où la plupart de nos concitoyens
sont musulmans et où ils ont voté à Mayotte
à près de 90% le souhait de devenir le 5ème
DOM français -, aux fins fonds de la forêt amazonienne,
la France c'est celle des trois océans dans sa diversité
culturelle, avec des enfants auxquels on donne le même
enseignement dans chaque école de la République
aussi éloignée soit-elle de Paris et de quelque
territoire qu'elle soit, ces enfants, quelle que soit leur condition
sociale ou leur origine culturelle - m'ont toujours accueilli
au pied mon avion en chantant la marseillaise, sans une fausse
note, sans une faute de liaison, sans une erreur de syntaxe.
Comment peut-on contester la possibilité pour les enfants
de certaines écoles, de s'approprier les valeurs de la
République ?
Le
moment est venu de tourner cette page qui pacifiera et apprendra
à chacun à aimer ce pays, et incitera chacun et
chacune d'entre nous dans les responsabilités qui sont
les nôtres, de permettre à chacun de ses enfants
de se hisser au plus haut de l'ascenseur social, car les valeurs
de la République, c'est aussi de donner une égalité
des chances à chacun de nos enfants, quelles que soient
sa confession, son identité et sa condition sociale.
Voilà pourquoi je crois que
ce qui se passe aujourd'hui dans ce centre universitaire méditerranéen,
si cher à Paul Valéry, au bord de la Méditerranée,
la mer d'où sont parties toutes nos civilisations, dans
cette ville où nous permettons à chacun de grandir
avec le même esprit de respect et de fraternité,
est un symbole très fort.
Merci à Marouane d'avoir pris avec tes amis cette initiative,
merci à toutes celles et tous ceux qui sont présents
d'apporter leur contribution à ce grand débat,
et tout ce qu'ils ont d'expérience, d'engagement et de
convictions dans les valeurs qui leur sont propres pour que nous
réussissions pour les générations de demain
à faire de la France ce grand pays où soit respectée
cette devise inscrite au fronton de nos mairies : liberté,
égalité, fraternité.
Cette question que tous les Français se posent parce que
la France a changé, parce que la France n'est pas un musée,
elle n'est pas condamnée à revisiter sempiternellement
les couloirs de son histoire.
Le génie de la France c'est
de savoir se réinventer et se projeter dans l'avenir,
alors croyons en nous-mêmes, croyons en elle.
Lire les idées forces dégagées lors de ce
colloque
Lire l'intervention de Mohamed Abdi
Lire l'intervention d'Abdel Aïssou
Lire l'intervention de Ghaleb Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
Lire l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
Lire l'intervention de Dounia Bouzar
Lire l'intervention d'Eric de Montgolfier
Lire l'intervention de Robert Djellal
Lire l'intervention de Faycal Douhane
Lire l'intervention de Mezri Haddad
Lire l'intervention de Bariza Khiari
Lire l'intervention de Fadila Mehal
Lire l'intervention d'Aziz Senni
|
|
Une partie
des 400 auditeurs du colloque Mosaïc
Lire les idées forces
dégagées lors de ce colloque
Télécharger
le livre blanc du colloque
De
nombreux citoyens souhaitent pouvoir être musulmans sans
enfermement, et vivre le progrès sans renoncement.
MOSAÏC
remercie pour leur soutien lors de cet événement:


Chaque action
nous rapproche de notre but commun, le Mieux Vivre Ensemble dans
la République.
Rejoignez-nous, ou apportez
votre soutien !
Chercher sur
le site de
la Fédération MOSAÏC |