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31 octobre 2009

Allocution d'Aziz Senni

Président fondateur du fonds d'investissement

Business Angel des Cités



LA BANLIEUE, UNE CHANCE POUR l’ECONOMIE FRANCAISE

Je commencerai par un hommage à nos anciens pour le combat qu'ils ont mené et pour les coups qu'ils ont pris pendant toutes ces années. C'est beaucoup plus facile pour nous que pour eux.


Avec le débat sur l'identité nationale, le jeune trentenaire que je suis a le sentiment qu'on a fait rentrer Marianne dans le cabinet du psychanalyste et qu'on va enfin pouvoir la soigner et lui poser la question : qui êtes-vous ?
Cette question, l'ancienne « carte de séjour » que je suis se l'est posée à l'âge de 22 ans lorsqu'il a choisi d'être français. J'entendais ce matin Mohamed Abdi dire qu'il avait eu la malchance de ne pas naître en France, moi je dis que j'ai eu la chance de ne pas naître ici et de pouvoir choisir, car quand on a le choix, c'est toujours un luxe.

A 22 ans, j'ai décidé de devenir Français après avoir parfaitement fusionné ma double personnalité. Oui, j'étais schizophrène. J'étais à la fois le jeune arabe de banlieue, « cellule dormante potentielle » après le 11 septembre et aussi profondément capable de dire « nos ancêtres les Gaulois » et « mes ancêtres les Berbères », capable de dire que je suis le produit d'une histoire et d'une civilisation mais aussi que mes racines et une partie de ma culture se trouvent ailleurs.

Et aujourd'hui, c'est le défi que doit se lancer Marianne, être capable de dire qu'une identité, c'est comme un oignon, c'est plusieurs couches, on les découvre au fur et à mesure et parfois, elles peuvent faire couler les larmes.

Qu'est-ce que c'est qu'être Français ? J'ai fait mienne la définition d'André Malraux qui considérait comme Français tous ceux qui veulent faire la grandeur de la France. Et nous sommes nombreux à vouloir la grandeur de la France.

Bien sûr, nous voudrions tous que la France soit la meilleure en terme de valeur, un exemple dans le monde, en termes d'universalisme, d'humanisme, de droits de l'homme et de liberté. On voudrait aussi que la France soit la meilleure au niveau de ses performances économiques, au niveau sportif... Où sont-ils celles et ceux qui veulent la grandeur de la France ? Ils ne sont pas qu'en France, ils sont dans les DOM-TOM, ils sont en Afrique, ils sont en Asie, ils sont partout dans le monde. Ils sont même en banlieue

La banlieue c'est 6 millions d'habitants, c'est 10% de la population nationale et 25% des naissances. C'est le premier réservoir de jeunesse de notre pays. Du dynamisme, de la créativité et paradoxalement, un taux de chômage qui peut atteindre 40% dans certains quartiers.
J'ai la folie de penser que l'avenir de l'économie française est en banlieue. Une main d'oeuvre jeune, disponible, formée ou non mais qui le demande, des dispositifs extrêmement intéressants pour les entreprises avec les zones franches. Ces territoires ont été délaissés depuis trente ans, d'abord d'un point du vue économique. Les conséquences en ont été directement sociales.
Cette rupture entre la banlieue et la France crée une France à deux vitesses. Une France et une autre France.

Je crois définitivement au levier économique comme solution au développement des banlieues.

Je crois beaucoup à la fiche de paie, à un salaire, à un travail rémunéré, à la possibilité de se projeter dans l'avenir et pour les plus jeunes de se dire, je vais prendre un conjoint, acheter une maison, partir en vacances, parce qu'aujourd'hui cette capacité n'existe plus. La société ne donne plus de rêve aux jeunes.

J'ai deux propositions concrètes à vous soumettre :
Dans le dispositif actuel des zones franches, une entreprise doit recruter un tiers de ses effectifs dans les territoires, en échange d'exonérations fiscales. A l'inverse et pour ne pas ghettoiser ces territoires, je propose que les entreprises qui ne sont pas installées dans ces zones mais qui recruteraient des salariés issus de ces banlieues bénéficient des mêmes avantages. Cela contribuera à faire baisser le chômage de ces jeunes qui sont souvent Bac + 4.

J'aimerais aussi que les banques soient transparentes et mettent dans leur bilan le montant des prêts octroyés dans les zones urbaines sensibles parce que la discrimination existe aussi dans l'accès au financement.

Je crois beaucoup à l'élévation sociale et au règlement des problèmes sociaux par l'implication des gens dans l'économie française. C'est par là que Marianne peut se réconcilier avec elle-même et c'est une partie importante de l'identité.

Pour conclure, j'aimerais adresser quelques messages. On a beaucoup entendu du passé. Certes, il faut sans doute savoir d'où l'on vient mais je suis aussi de ceux qui ont été élevés avec la phrase suivante: le courageux n'est pas celui qui dit "mon père était" mais celui qui dit "me voilà!" Mon père me disait : "ne sois pas de ceux qui disent « mon père a fait ceci, mon grand-père a fait cela  On te passe le relais, l'important est ce que tu vas en faire, regarde devant, l'important est devant, pas forcément derrière."


On doit rassembler. L'identité doit se construire ensemble. A ceux qui disent:" La France tu l'aimes ou tu la quittes", je réponds: "La France, tu l'aimes et tu la changes". On a le droit d'aimer son pays et de ne pas aimer la société dans laquelle on est. Si on doit continuer à dénoncer ensemble ce qui ne va pas, on a le devoir aussi d'agir en fonction de ses convictions.

Pour finir, j'aimerais vous adresser quatre messages.
Le premier s'adresse à la jeunesse de banlieue. J'étais de ceux qui avaient la rage face à un système où je pense qu'on n'a pas encore notre place, qu'il n'est pas fait pour nous. Mais j'ai aussi compris qu'aucun carton ne viendrait dans ma boîte aux lettres et qu'on ne viendrait pas me chercher en me disant "Aziz ! Ca y est, nous avons trouvé une place pour toi !". Je ne suis pas un héritier. Il a fallu commencer par quelque chose et ce quelque chose est un rêve. Je suis un fou de cinéma et oui, je pense que le monde est à moi (référence à Scarface qui fait tant fureur dans les banlieues). Il y a un rêve français à construire et j'espère qu'on le construira en France.

On n'a pas à s'interdire de rêver, tout est possible.

Pour qu'un rêve devienne tangible, il faut l'alimenter d'ambition, pour soi-même, pour sa famille, pour notre pays et pour le monde.

C'est aussi une composante de l'identité nationale qui ne peut pas se poser en problématique sans tenir compte de la mondialisation, de la gouvernance mondiale, des 20% des habitants qui se trouvent en Asie. Il faut poser la problématique en termes d'identité mondiale.
Il faut beaucoup de travail. Aucun talent ne peut s'exprimer sans travail.
Dernière valeur : le partage. Jamais aucun coffre-fort ne suivra un corbillard. Il faut partager, c'est ce qui donne du sens à la vie, partager avec les autres, avec sa famille, avec son pays.

Rêve, ambition, travail, partage – RATP -, si vous avez du mal à retenir les valeurs, retenez les quatre lettres !


L'esprit Mosaïc c'est celui d'avoir envie de créer une grande chaîne de solidarité.

Celui qui a doit aider celui qui n'a pas, et celui qui sait doit aider celui qui ne sait pas.


En savoir plus:

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque


Lire l'intervention de Mohamed Abdi
Lire l'intervention d'Abdel Aïssou
Lire l'intervention de Ghaleb Bencheikh
Lire l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
Lire l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
Lire l'intervention de Dounia Bouzar
Lire l'intervention d'Eric de Montgolfier
Lire l'intervention de Robert Djellal
Lire l'intervention de Faycal Douhane
Lire l'intervention de Christian Estrosi
Lire l'intervention de Mezri Haddad
Lire l'intervention de Bariza Khiari
Lire l'intervention de Fadila Mehal

Lire les idées forces dégagées lors de ce colloque

Télécharger le livre blanc du colloque


 

 

"André Malraux considérait comme Français tous ceux qui veulent faire la grandeur de la France."

 


400 auditeurs ont suivi avec attention
le premier colloque national organisé
par la Fédération Mosaïc


 

"Ceux qui veulent la grandeur de la France se trouvent aussi en banlieue."


 


"La banlieue est le premier réservoir de jeunesse de notre pays".

 


"On n'a pas à s'interdire de rêver, tout est possible! Pour qu'un rêve devienne tangible, il faut l'alimenter d'ambition, pour soi-même, pour sa famille, pour notre pays et pour le monde."

 


MOSAÏC remercie pour leur soutien
lors de cet événement:



 

 


 

 

 

 

 

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