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31 octobre 2009
Allocution
de Monsieur Abdel AÏssou
Président
du Conseil national des entreprises pour la banlieue (CNEB),
Directeur
général délégué de Randstad
LA TRANSMISSION
DES
SYMBOLES ET VALEURS DE
LA REPUBLIQUE
Je voudrais avoir une
pensée particulière pour Nice et les Niçois,
cette ville et ce département singuliers devenus français
en 1860, 30 ans après l'Algérie.
Ce peuple de Nice, un
peu comme celui de Marseille qui chaque jour invente son identité
méditerranéenne en agrégeant des populations
venues d'ailleurs - de l'Arménie, du Piémont-,
qui tire son dynamisme de ce creuset sans arrêt renouvelé.
Ce département où j'ai eu l'honneur d'exercer comme
sous-préfet pendant quatre ans et dont j'ai vraiment apprécié
cette qualité d'humanité et cette capacité
à créer une mosaïque.
Cette mosaïque
niçoise, dont vous en êtes un des plus beaux symboles
cher Marouane Bouloudhnine, vous qui vous êtes agrégé
à ce terreau niçois.
"La France est
un plébiscite de tous les jours" disait Renan. Il nous disait que pour être
Français, il fallait aimer la France. On peut être
Français comme on peut être niçois, marseillais,
parisien. Il faut avoir la volonté de s'inscrire dans
une histoire et de partager cette histoire. Le succès
de l'aventure de Mosaïc résidera dans sa capacité
à créer du lien et du sens au regard de l'enjeu
républicain.
La République n'est pas une alternative au religieux,
ça n'est pas l'opposition comme l'avait posé Saint-Augustin
entre la Jérusalem céleste et la Cité d'en
bas, c'est une autre transaction entre des citoyens. La neutralité
n'est pas l'athéisme mais la capacité à
faire coexister ensemble des aspirations qui vont de l'espérance
dans l'au delà jusqu'à l'athéisme.
Marouane voulait que je parle de la transmission des valeurs
de la République. Je comprends mieux son insistance parce
qu'un symbole doit s'appuyer sur des valeurs partagées
pour pouvoir être transmis. La République est aussi
un héritage. C'est mon premier point.
Mon
deuxième point est de pointer un malentendu. Trop souvent,
la question de la transmission des valeurs de la République
renvoie mécaniquement à la question de l'immigration.
Focaliser le débat là dessus serait une erreur
car la seule communauté que reconnaît notre Constitution
est la communauté nationale et donc l'immigration
et ses enfants est une part de cette communauté. Et donc
la question des symboles de la République est une question
partagée qui n'est pas seulement la question de l'immigration.
Ce n'est pas que cette question ne soit pas pertinente! Il est
évident qu'au nom de cette exigence républicaine,
l'amour du pays qui vous accueille, il est évidemment
important de parler correctement sa langue, d'en partager les
valeurs, mais ça n'en est qu'une partie.
J'en viens à mon troisième point liminaire...
Au fond, la question
à laquelle nous sommes confrontés est : qu'est-ce
que vouloir être Français au 21è siècle
? Car les symboles doivent être vivants pour être
transmis intacts et enrichis par l'apport des différentes
générations.
En quoi un symbole est-il
vivant ? On pourrait croiser les approches de deux pays différents
qui ont en commun d'être les plus grands pays d'immigration
au monde, les Etats-Unis et la France. Les Etats-Unis conjuguent
l'Ethnic Pride -la fierté du minoritaire- d'un côté,
et la Nation Pride -l'amour du pays- de l'autre. Les Américains
arrivent à conjuguer une dimension minoritaire et une
dimension nationale. Notre approche à nous Français
est sensiblement différente. Je ne dis pas qu'elle est
meilleure ou plus mauvaise. La Nation française est une
sorte de mix contradictoire, une identité de genres de
vie, selon le mot du géographe Vidal de La Blache : une
très forte intransigeance pour tout ce qui a trait à
l'espace public et un renvoi vers l'espace privé de tout
ce qui est différenciation.
Cette transaction a
un nom, c'est la laïcité, qui est le symbole
républicain caché mais qui irrigue nos débats.
J'en
viens à ma deuxième partie; La question des fondamentaux
de la République.
La République
est une affaire de conviction mais aussi une question de symboles.
L'offense qui a été faite à la marseillaise
lors du match France-Algérie nous a touchés, parce
que d'un côté, il y avait l'offense -un hymne national
inscrit dans la Constitution sifflé- et de l'autre côté,
la question : est-ce que ce n'est pas le produit d'une banalisation,
d'une dérépublicanisation ?
Il est important de
bien comprendre les enjeux de cette question qui est tout sauf
banale. Le point de départ, c'était un match de
football France-Algérie avec un envahissement du stade
qui n'avait pas produit de graves problèmes d'ordre public.
Nous avons été chahutés parce que la fête
avait été un peu gâchée. Un rendez-vous
a peut-être été manqué du point de
vue de la symbolique. Cette question s'ancre dans l'histoire
parce que nous Français sommes un pays qui avons une conscience
de l'histoire, de ce passage du temps et de la façon dont
il a sédimenté des passions et des faits.
Je fus très intéressé
par un sondage de la Sofrès qui posait la question des
symboles de la République: le drapeau tricolore arrive
en tête des symboles de la nation avec 45%, devant le système
de protection sociale et la Marseillaise (24%), le Président
de la République et la Constitution, la capitale, l'école
(9%), Marianne, l'équipe de France de foot et l'Assemblée
nationale. 98% des sondés ont répondu.
Que
faut-il y voir ? Cette question dépasse la question du
sport et de l'immigration. On croise des emblèmes, des
symboles et des lieux. Cette question des symboles agrège
des éléments constitutifs de notre identité
à travers des lieux et des symboles.
A mon sens, notre pays
doit relever cinq défis pour rendre vivants et partager
ces symboles :
1/ L'ouverture à la diversité
culturelle et religieuse. Un seul exemple: les entreprises françaises
sont confrontées à travers une nouvelle demande
religieuse à la nécessité d'inventer une
forme de neutralité, j'allais dire de laïcité
dans l'espace privé, qui permette la coexistence, la cohabitation;
2/ La question de la cohésion
sociale;
3/ La participation critique à la délibération
démocratique: à l'ère de l'économie
numérique et des réseaux sociaux, de Twitter et
de Facebook, quelles expressions des sensibilités individuelles,
collectives et semi-collectives peuvent se trouver dans l'espace
public ?
4/ La question de l'égalité
des chances et de l'équité et de la traduction
concrète de ces valeurs qui sont dans les symboles;
5/ La vie sur la planète
et les notions de développement durable et d'écologie
humaine... Est-ce une tarte à la crème ou est-ce
porteur d'un nouvel universalisme, d'une nouvelle exigence ?
Cette question d'une appropriation de la République ne
se réduit pas à des poubelles de différentes
couleurs.
Les
symboles à transmettre sont tout entiers contenus dans
la devise républicaine de liberté, d'égalité
et de fraternité avec l'enjeu de mettre ce symbole
qu'on trouve dans le drapeau tricolore le local et le mondial,
cette capacité à penser global et à agir
local.
Notre pays reste une grande puissance pas uniquement parce qu'il
est membre permanent du Conseil de Sécurité de
l'ONU, mais pour sa capacité à penser le monde
et à se sentir concerné par ce qui se passe aux
quatre coins de la planète.
Montesquieu disait : " Une des choses que l'on doit remarquer
en France c'est l'extrême facilité avec laquelle
elle s'est toujours remise de ses pertes, de ses maladies et
de ses dépopulations, avec quelles ressources elle a toujours
soutenu ou même surmonté les vices intérieurs
de ses différents gouvernements. Peut-être en doit-elle
la cause à sa diversité qui a fait que le mal n'a
jamais pu prendre racine pour lui enlever entièrement
le fait de ses avantages naturels ".
Tout ceci recoupe les travaux de Fernand Braudel qui, l'un des
premiers, s'est posé la question de l'identité
française. Pour lui, il y avait un temps court et un temps
long. Le temps court est celui de la passion des hommes et le
temps long, c'est celui des Nations et de la structuration dans
le temps de ses symboles.
C'est mon grand-père
qui a émigré depuis ses montagnes kabyles. J'appartiens
à une génération pour laquelle le fait de
devenir Français était un aboutissement -quelque
chose de non négociable- et qui a connu le racisme même
si je n'en ai pas été victime moi-même.
Cette génération
est structurée par deux choses non négociables
: notre identité française -la conviction que nous
avons autant de devoirs et de droits que les personnes qui sont
en France depuis 50 générations- et le refus absolu
de la violence.
La transaction avec
la République se fait sur la base du débat et de
l'exemplarité. C'est à ces conditions que nous
pourrons faire vivre et transmettre ces symboles auxquels nous
sommes attachés.
Lire les idées forces
dégagées lors de ce colloque
Lire l'intervention de Mohamed
Abdi
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l'intervention de Ghaleb Bencheikh
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l'intervention du Dr Dalil Boubakeur
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l'intervention du Dr Marouane Bouloudhnine
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